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« Parmi tous les pays que j’ai visités, j’ai toujours préféré la France » Kang Jiwon, fleuriste.

  • Photo du rédacteur: Léa Baron
    Léa Baron
  • il y a 4 jours
  • 5 min de lecture
Kang Jiwon, dans sa boutique de fleurs  "KKOT" à Paris / Photo Léa Baron
Kang Jiwon, dans sa boutique de fleurs "KKOT" à Paris / Photo Léa Baron

Elle pensait ne rester qu’un an. Dix ans plus tard, elle tient sa boutique de fleurs dans le 9e arrondissement de Paris. Kang Jiwon, 32 ans, partage un savoir-faire mêlant influences françaises et coréennes auprès d’un public varié. Avec les fleurs, elle a trouvé son langage et son art.


Ecrit par Léa Baron 19/08/2026


A l’entrée un panneau discret indique le nom de la boutique “kkot”, fleur en coréen. A l’intérieur, sur une grande table sobre en bois s'accumulent des vases hauts où s’épanouissent une multitude de fleurs élégantes. Sur les étagères, des objets coréens traditionnels et des céramiques. Le tout offre un cocon charmant à l’activité de Kang Jiwon. Et puis, en retrait, lové sur un coussin, Dolly, le chien de la propriétaire, qui écoute paisiblement notre conversation.


Jiwon n’imaginait pas devenir fleuriste. Née à Séoul en 1994, elle commence par étudier le design de mobilier à l’université. Mais à la fin de ses études, une période de doute s’installe. Elle ressent le besoin de prendre du recul, de changer de voie tout en restant dans un univers créatif.


La boutique KKOT de Kang Jiwon ouverte depuis 2024 à Paris / Photo Léa Baron
La boutique KKOT de Kang Jiwon ouverte depuis 2024 à Paris / Photo Léa Baron


La France, pays préféré

Ses parents (un père architecte et une mère au foyer) l’encouragent à partir à l’étranger pour réfléchir, découvrir… Avant de se lancer dans la vie professionnelle. Elle hésite, envisage un temps les États-Unis, puis choisit finalement la France.


« Enfant, j’ai beaucoup voyagé avec mes parents et mon frère, explique-t-elle. Parmi tous les pays que j’ai visités, j’ai toujours préféré la France. En grandissant, ce sentiment n’a jamais changé. Je suis donc venue avec l’idée de vivre une nouvelle expérience pendant un an. »


Elle arrive ainsi à Paris en 2016. Dix ans plus tard, elle y vit toujours.



La langue, un obstacle

À son arrivée, elle ne parle pas un mot de français. La langue devient son principal obstacle ainsi que la complexité des démarches administratives. Mais elle persévère. « Aujourd’hui, c’est assez drôle à dire, mais je crois que je suis devenue plus habituée au système français », dit-elle en souriant.


Kang Jiwon et son chien Dolly / Photo Léa Baron
Kang Jiwon et son chien Dolly / Photo Léa Baron

En Corée, elle avait déjà suivi quelques ateliers de fleurs. Enfant, souvent malade, elle s’était tournée vers des activités calmes, développant ainsi un goût pour les loisirs créatifs.


En France, elle renouvelle l’expérience, passe du temps chez des fleuristes, découvre véritablement le métier qui la passionne rapidement. « Ce qui m’a fascinée, c’est la capacité des fleurs à transmettre des émotions sans mots », explique-t-elle, trouvant-là un autre langage que le français.


Formation fleuriste

Elle décide alors de se former sérieusement. Pendant quatre ans, elle suit un CAP puis un BP (Brevet Professionnel) à l’École nationale des fleuristes, dans le 19e arrondissement de Paris.


Une formation exigeante, d’autant plus qu’elle se déroule uniquement en français. « C’était trop dur », confie cette travailleuse acharnée. Ne comprenant pas toujours les cours, elle emprunte les notes de ses camarades et étudie la nuit.


En 2024, elle ouvre finalement son propre atelier floral, à Paris : KKOT.


Entre deux cultures florales

Ses créations se distinguent par un style singulier, à la croisée de deux cultures florales. Elle mêle la rigueur technique française à une sensibilité coréenne plus minimaliste. « J’aime travailler avec le vide, la légèreté, les différences de hauteurs », explique-t-elle.


Là où la tradition française privilégie des bouquets ronds, champêtres et généreux, garnis de feuillage, elle explore des compositions plus aériennes et sobres, graphiques mettant en valeur des fleurs à grandes têtes et des tiges solides.


Kang Jiwon allie art floral français et coréen dans ses créations / Photo Léa Baron
Kang Jiwon allie art floral français et coréen dans ses créations / Photo Léa Baron

« Pour moi, c’est une façon de faire de l’art. Je compose mes bouquets comme un tableau, en choisissant les couleurs et la structure », résume-t-elle en composant justement un bouquet. 



Transmission et création

Son approche à la croisée entre deux cultures attire une clientèle variée : « J’organise principalement des cours, tout en réalisant des bouquets sur mesure, des compositions florales et des décorations pour différents événements. »


Elle forme aussi des fleuristes professionnels curieux de découvrir son univers. Sa boutique-studio devient ainsi un lieu de transmission autant que de création.


Son compte Instagram, créé au départ comme un simple carnet personnel, a progressivement gagné en visibilité. « Il est devenu un moyen important de partager mon univers, mon travail et mon histoire. »


Elle y partage notamment ses passages au marché aux fleurs de Rungis, où elle se rend trois à quatre fois par semaine, dès l’ouverture, à 3 h 50, pour être parmi les premiers à entrer.


Composition florale de Kang Jiwon / Photo Léa Baron
Composition florale de Kang Jiwon / Photo Léa Baron

La France joue un rôle important dans son évolution artistique. Elle apprécie la place que les fleurs occupent dans le quotidien : ici, on en offre sans occasion particulière, simplement pour faire plaisir. En Corée, elles restent souvent associées à des événements spécifiques.


En Corée du Sud, les fleurs accompagnent surtout des moments importants et restent davantage associées à des occasions précises qu’à un geste spontané du quotidien.

Diplômes : pour féliciter les étudiants lors des remises de diplômes.

Vie professionnelle : pour célébrer une ouverture de commerce, une réussite ou une promotion.

Amour : à la Saint-Valentin, les femmes offrent traditionnellement des chocolats aux hommes ; le 14 mars, lors du White Day, les hommes répondent avec des cadeaux, souvent des fleurs.

Hommages : lors des funérailles et cérémonies commémoratives.


Entre France et Corée

En France, « j’aime la diversité culturelle, l’importance accordée à l’art et la liberté de construire sa propre vie, même lorsqu’elle ne suit pas un chemin traditionnel. En Corée, il y a beaucoup de compétition et de comparaison », reconnaît-t-elle. Mais si la France lui apporte un sentiment de liberté, la Corée reste profondément ancrée en elle.

 

« Quand on vit dans un pays, on remarque souvent surtout ses défauts. Mais lorsqu’on le quitte, on réalise aussi tout ce qu’il nous a apporté, explique Jiwon.  Aujourd’hui, je suis reconnaissante d’avoir grandi en Corée, car cela fait partie de la personne que je suis devenue. »


Sa famille, d’abord inquiète de la voir partir loin, est aujourd’hui son premier soutien. Elle se réjouit de la voir épanouie dans une vie qu’elle a choisie.


 Je m’y sens profondément apaisée, et c’est sans doute ce qui m’a donné envie d’y construire ma vie.

Ce qui lui manque ? Ses proches, bien sûr, et la cuisine coréenne, dont certains plats restent introuvables en France. Mais elle a trouvé ici un équilibre qui lui correspond.


« Je n’avais aucun lien particulier avec la France mais je suis tombée amoureuse de sa culture, de son art et de son mode de vie.» Aujourd’hui, Kang Jiwon regarde son parcours avec satisfaction. « Je m’y sens profondément apaisée, et c’est sans doute ce qui m’a donné envie d’y construire ma vie. »


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Atelier KKOT

25 rue Claude Rodier

Paris 9e

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