« Aujourd’hui, je suis fier de voir ma culture coréenne reconnue et valorisée dans le monde » Jean Lim, photographe
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Né à Séoul en 1985, Jean Lim de son vrai nom Lim Jeonghyun, grandit dans une Corée du Sud en pleine transformation économique. D’abord attiré par la photographie à travers le football, il en découvre progressivement la dimension artistique, qu’il développe aujourd’hui. À la fin de son service militaire, un premier voyage en France agit comme un déclic : séduit par Paris, il décide de s’y installer en 2009, où il vit et travaille depuis.
Propos recueillis par Léa Baron 03/09/2026
Enfant, je n’étais pas particulièrement attiré par l’art. J’ai fait du piano, du taekwondo, un peu de peinture, comme beaucoup d’autres en Corée. Mais je n’avais pas de rêve précis. C’est seulement vers le collège que j’ai commencé à m’intéresser au photojournalisme sportif, parce que j’aimais le football.
Près de chez moi, une académie privée (ou hagwon) proposait des cours de photographie, et j’y suis allé avec une idée assez technique de ce médium.
Les hagwon, c’est quoi ?
En Corée, le système éducatif est très compétitif. Les hagwon sont des académies privées payantes qui proposent des cours (langues, arts, sport) en dehors de l’école pour compléter l’enseignement public. Fréquentées par la majorité des élèves, leur objectif principal est d’améliorer les résultats scolaires et de préparer le concours d’entrée à l’université.
Mais très vite, j’ai compris que la photographie pouvait être bien plus que cela : un langage, une manière de regarder le monde, un art.
Cette découverte m’a conduit à intégrer le Seoul Institute of the Arts, où j’ai exploré différentes approches de la photo : documentaire, journalistique avant de me spécialiser dans un parcours artistique.
Mais après ma première année, j’ai dû faire mon service militaire obligatoire. J’ai servi dans l’armée de l’air pendant deux ans et trois mois.
Le service militaire en Corée du Sud
Aucun traité de paix n’ayant été signé depuis l’armistice de 1953, la Corée du Sud demeure officiellement en guerre avec la Corée du Nord. Dans ce contexte, le service militaire est obligatoire et inscrit dans la Constitution depuis 1948.
L’enrôlement intervient généralement entre 18 et 28 ans, avec des possibilités de report jusqu’à 30 ans depuis l’adoption de la « loi BTS », nommée en référence au groupe de K-pop.
Les exemptions restent rares : elles concernent principalement les athlètes médaillés aux Jeux olympiques et certains musiciens classiques.
Les femmes, quant à elles, peuvent s’engager sur la base du volontariat.
La durée du service varie selon les corps d’armée, mais s’étend en moyenne de 18 à 21 mois.
Avec le recul, je trouve cette durée excessive : six mois de service militaire suffiraient à transmettre l’essentiel.
J’avais choisi cette branche pour pouvoir bénéficier de permissions régulières et rendre visite à ma mère, avec qui je vivais depuis le divorce de mes parents. Cette période a été une parenthèse contrainte, mais elle a aussi marqué une transition dans ma vie.
Avant de reprendre mes études de photographie, j’ai fait un premier voyage en Europe en 2007.
Je suis allé à Paris et à Londres, deux villes importantes dans l’histoire de la photographie.
Ce séjour a été un choc. À Paris, tout me semblait différent : l’architecture, la lumière, le rythme de vie. J’avais l’impression que les gens prenaient davantage le temps de vivre, de s’arrêter dans un café, d’observer. Comparé à Séoul, tout paraissait plus lent, presque suspendu. Cette première impression m’a donné envie de revenir.

J’ai alors préparé mon installation en France. En Corée, j’ai commencé à apprendre le français et à économiser. Je suis ensuite venu à Vichy fin 2009 pour suivre des cours intensifs pendant huit mois, avant d’intégrer l’université Paris 8 en arts plastiques en 2010. J’y ai poursuivi mes études jusqu’au master, en me spécialisant en art contemporain et design, tout en développant mes propres projets photographiques.
Au départ, rester en France n’était pas évident notamment d’un point de vue administratif. En tant que photographe freelance, il est difficile de justifier de revenus stables pour renouveler un titre de séjour.
Après plusieurs années, j’ai donc demandé la nationalité française, que j’ai obtenue. Cela a simplifié ma situation et m’a permis de travailler plus librement.
Mes débuts professionnels ont été progressifs. J’ai commencé par photographier des événements comme des festivals, des concerts pour construire un réseau. J’ai aussi travaillé comme assistant pour un photographe coréen sur des projets en France et en Italie. J'ai aussi travaillé pour un livre coréen sur le vin nature français. Ces expériences m’ont permis d’apprendre, de découvrir le pays et de m’insérer peu à peu dans le milieu.
Aujourd’hui, je collabore avec des magazines, je réalise des portraits et des photographies de lieux.
Ce qui m’intéresse, c’est de montrer une personne à travers son environnement, de créer un lien entre un visage et un espace.
En parallèle, je poursuis un travail artistique personnel autour des chantiers.
Ce thème me suit depuis mes études. En Corée, j’ai grandi dans un pays en transformation constante, où des lieux disparaissaient pour être reconstruits.

Adolescent, j’allais manger dans un MacDonald avec mes copains de classe jusqu’à ce qu'il soit détruit. On avait perdu un lieu souvenir.
Le chantier est pour moi un espace de transition, entre passé et futur, un moment suspendu où l’on ne sait pas forcément ce qui a disparu et pas encore ce qui va advenir.
Je photographie souvent tôt le matin, à Paris, quand il n’y a personne. Je recherche une lumière douce, souvent grise, avec peu de contraste. Je m’intéresse aux structures, aux échafaudages, aux surfaces recouvertes de bâches blanches. Ce sont des formes provisoires, mais qui possèdent une esthétique propre.

La photographie, pour moi, est avant tout une manière de voir autrement. Un lieu familier peut devenir étrange ou nouveau à travers une image. L’appareil n’est qu’un outil, ce qui compte, c’est le regard. Il y a dans cette pratique quelque chose de poétique, presque philosophique, une façon de prêter une attention nouvelle aux détails, à la lumière, à ce qui nous entoure.

Vivre à Paris a aussi transformé mon regard. La ville me semble plus calme que Séoul, même si elle évolue avec la mondialisation. Certains quartiers perdent leur identité, d’autres la conservent encore.
Je suis attaché aux lieux simples, aux vieux bars parisiens de quartier PMU, plutôt qu’aux cafés modernes et standardisés.
Mon rapport à la Corée a lui aussi changé. Quand j’étais plus jeune, je pensais que la culture occidentale était supérieure. Tout ce qui était international était valorisé.
Je voyais la culture coréenne comme dépassée, vieillotte voire bizarre.
Aujourd’hui, c’est l’inverse. Je suis fier de voir cette culture, même traditionnelle, reconnue et valorisée dans le monde.
L’image de l’homme asiatique a également évolué avec la Hallyu. Avant, elle était souvent stéréotypée, limitée à des figures masculines très machistes. Aujourd’hui, notamment avec la diffusion des séries coréennes, cette image s’est diversifiée. Les perceptions changent, même si cela n’a pas bouleversé ma vie.
Je ne sais pas encore si je retournerai vivre en Corée. Le pays a beaucoup changé, et l’idée reste ouverte, d’autant plus que mon épouse, polonaise, s’y verrai bien.
Pour l’instant, je vis en France, avec l’espoir qu’elle continue à incarner les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité qui m’ont attiré ici au départ.

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